Chanel Haute Couture Automne Hiver 2026-2027

Chanel Haute Couture Automne-Hiver 2026-2027 « Le Haricot magique et le Camélia : La splendeur et l'incohérence de Matthieu Blazy ». Article d'Eleonora de Gray, rédactrice en chef de RUNWAY REVUE. Photo gracieuseté : CHANEL.

La mythologie sur mesure de le19M

Pour sa deuxième collection Haute Couture, Matthieu Blazy puise son inspiration dans l'univers, au sens propre comme au figuré, de la rue Cambon, transposant les contes de fées de l'enfance dans la réalité du luxe contemporain. La manière dont cette collection transcende les générations est d'une brillance indéniable ; c'est une garde-robe conçue non pas pour une seule muse, mais pour une lignée de femmes qui perçoivent le vêtement comme un vecteur de récit.

Le génie de cette collection réside dans la maîtrise du travail artisanal. Grâce au savoir-faire de la Maison Lesage et des ateliers spécialisés de le19M, la collection atteint une profondeur de matière extraordinaire. On y découvre le tailleur Chanel classique réinventé avec des textures multidimensionnelles et tactiles : un tweed qui semble vivant, parsemé de micro-détails floraux et associé à des coiffes fantaisistes surdimensionnées en paille tressée, évoquant une noblesse rustique et sophistiquée. Blazy joue avec brio sur les volumes et les textures, proposant une superbe robe-manteau structurée couleur crème, entièrement enveloppée d’une frange douce et vaporeuse, ponctuée de minuscules broderies florales qui semblent avoir jailli naturellement du tissu.

Anatomie du point intime

Là où la collection triomphe pleinement, c'est dans son intimité radicale : le dialogue profondément personnel entre l'intérieur du vêtement et la femme qui le porte. Blazy élève le concept du « récup' et du recyclage » à un niveau aristocratique et raffiné, y intégrant des charmes, des détails talismaniques et des textures méticuleuses qui invitent à la contemplation.

Imaginez la prouesse technique d'une robe de cocktail sans manches entièrement recouverte d'une accumulation de sequins multicolores, de perles et de breloques métalliques, scintillant comme un coffre au trésor mis au jour. Ce poids dense et exquis est contrebalancé ailleurs par une fluidité absolue. Une robe crème immaculée à une épaule effleure le sol, sa silhouette traversée par une frange noire spectaculaire aux bords francs qui tranche le corps pour libérer la forme du mouvement. Dans une autre démonstration spectaculaire de flou et costume La symétrie, une veste tailleur classique et une jupe mi-longue en tweed délicat rose lavande pâle sont entièrement recouvertes d'une frange cristalline scintillante, encadrée par des plumes sombres et sculpturales au col et aux poignets.

Métamorphose intergénérationnelle

La véritable essence émotionnelle de cette collection réside dans sa capacité à transcender les époques tout en rendant hommage à l'apogée de l'art textile. La maîtrise du travail des tissus métamorphose les motifs traditionnels en récits vivants.

On retrouve cette idée magnifiquement illustrée dans un ensemble veste et mini-jupe en micro-tweed noir et blanc, à la fois jeune et impeccable, dont les finitions sont minutieusement ornées de boutons floraux brodés jaunes et noirs épanouis – un clin d'œil à la transformation espiègle du caneton en cygne. Pour les grandes occasions du soir, la transparence éthérée de la mousseline de soie s'impose. Une robe-chemise lavande flotte avec grâce, ponctuée d'éclats vibrants de broderies botaniques rouges et noires qui se concentrent à l'encolure et descendent en cascade jusqu'à un ourlet asymétrique plissé. La synthèse la plus saisissante de ce thème est sans doute une robe colonne lavande transparente, longue jusqu'au sol, drapée avec élégance sur le corps et entièrement recouverte de broderies complexes réalisées à la main représentant des vignes, des fleurs sauvages et un feuillage exotique. Elle témoigne du talent exceptionnel de la Maison Lesage lorsqu'elle a carte blanche pour explorer le monde du textile.

La perte de la boussole géographique

Si la technicité des textiles est indéniable, la narration de cette collection souffre d'une profonde crise d'identité. En tentant de fusionner l'intimité rassurante de la bibliothèque personnelle de Gabrielle Chanel avec une fantaisie botanique luxuriante et exubérante, la maison semble avoir perdu le cap stylistique. Une question fondamentale plane sur le salon : comment, et pourquoi, le camélia, si net, joyeux et résolument géométrique, s'est-il mué en un paysage agressif de lianes et de plantes exotiques ?

Cette soudaine obsession pour la flore toxique ressemble moins à une évolution naturelle de la marque qu'à une réaction malsaine et excessive face aux codes historiques de Dior. Mais Chanel est Chanel, et Dior est Dior. Abandonner l'élégance urbaine et sobre de la rue Cambon pour un territoire de jungle sauvage, c'est diluer l'essence même du positionnement luxueux et distinctif de la marque.

La déconnexion des silhouettes fragmentées

Cette confusion conceptuelle se manifeste directement sur le runway comme une série de silhouettes profondément incohérentes qui brisent toute impression de message saisonnier unifié. La collection oscille de manière erratique entre un artisanat délicat et ultra-féminin et des textures d'une grossièreté déconcertante. On perçoit cette instabilité dans un ensemble transparent à manches longues, recouvert de lianes vertes grimpantes et de minuscules fleurs roses – un look qui évoque dangereusement un costume botanique classique plutôt que la précision des coupes attendue de la Haute Couture.mediaJuste après, le regard est forcé de se tourner vers un tailleur-jupe structuré couleur pêche crème, agressivement orné de découpes florales noires denses et sculpturales, créant un contraste lourd et distrayant.

L'incohérence structurelle s'accentue avec une veste en tweed foncé à épaules tombantes, trop ample et parsemée de pois vert fluo, ornée de volants chaotiques au col et aux poignets. Plutôt que de suggérer le luxe, elle crie les difficultés d'un créateur à trouver un langage harmonieux entre l'histoire costume et une touche de modernité superflue.

Quand le conte de fées devient folklore

Le fil narratif se rompt brutalement lorsque la collection s'aventure dans un folklore agricole étrange, totalement étranger au trottoir parisien. L'introduction de textures épaisses et effilochées – évoquant la paille – crée une esthétique déplaisante et négligée. On peut citer en exemple une veste courte et duveteuse à la texture de paille, portée sur une chemise décontractée en flanelle à carreaux rouges et noirs, associée à un pantalon violet moucheté et coiffée d'un chapeau de paille exubérant et chaotique.

Cette parenthèse champêtre se poursuit avec un manteau long et imposant, confectionné dans les mêmes fibres évoquant le foin, parsemé de petites marguerites roses brodées et porté sur une robe en mousseline sombre et entièrement transparente. La collection tente ensuite de se recentrer avec une robe-chemise rose pâle aux contours flous, bordée de volants rose œillet et carmin éclatants au col et à l'ourlet, avant de basculer à nouveau dans un manteau noir rigide, arrivant aux genoux, entièrement recouvert de pois rouges scintillants et fermé par d'imposants boutons-bijoux à cœur turquoise. En forçant ces univers disparates à se côtoyer, la collection cesse de raconter une histoire cohérente et se mue en une succession de fragments incohérents et contradictoires.

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De Paris, France