Collection Homme Printemps-Été 2027 de Givenchy : « L’architecture d’un dressing vide », article de Kate Granger, rédactrice en chef RUNWAY MAGAZINE. Crédit photo : Givenchy / Allan Hamitouche.
L'architecture d'un placard vide
S'il y a une chose à retenir de l'histoire de la mode masculine Givenchy, c'est qu'elle n'a pas d'histoire unique – ou plutôt, qu'elle en a trop. Tel un pendule, elle a oscillé violemment au fil des décennies, de la subversion de Savile Row par Ozwald Boateng à l'explosion du streetwear doré de Riccardo Tisci, pour ensuite basculer vers la précision des coupes de Clare Waight Keller et l'esthétique industrielle brute de Matthew M. Williams. La mode masculine Givenchy n'est pas une archive cohérente ; c'est une crise d'identité permanente.
Voici Sarah Burton pour le printemps-été 2027. Sa solution à ce revirement historique ? Faire table rase du passé.
En collaborant avec l'artiste britannique Rachel Whiteread, célèbre pour ses moulages représentant les espaces pleins et vides des placards et des maisons victoriennes, Burton a exploré métaphoriquement le vestiaire Givenchy, pris conscience de ses lacunes et décidé de construire à partir des épaules. Plutôt que de puiser dans des archives qui refusent de se définir, Burton s'appuie sur des archétypes familiers : le costume Prince de Galles, la chemise blanche classique, le blouson MA-1 et l'ensemble workwear.
La chirurgie esthétique et la rupture amoureuse
Chez Burton, la conventionnalité exige une intervention chirurgicale. Les revers sont découpés, écorcés et inclinés vers l'avant, arrachant les vêtements à leur banalité corporative habituelle. En témoigne un élégant costume sombre, au décolleté plongeant et à la taille cintrée, rehaussé d'un bouquet de fleurs rouges éclatant épinglé au revers. La théâtralité s'affirme davantage avec une cape noire spectaculaire à doublure blanche immaculée, drapée avec élégance sur un costume à la coupe impeccable et ornée d'un délicat corsage de fleurs blanches.
L'envie de Burton de fusionner architecture rigoureuse et romantisme délicat est un thème récurrent. Un long manteau noir cintré est rehaussé d'une imposante broderie florale aux couleurs vives qui remonte en cascade depuis l'ourlet, adoucissant la rigueur de la coupe. Cette touche romantique se retrouve même dans des pièces plus imposantes, comme en témoigne un blouson de motard en cuir noir orné de motifs floraux réalistes, peints à la main, superposé avec désinvolture à un ensemble en denim. Pour les tenues de soirée, l'esthétique atteint un paroxysme d'opulence avec un manteau jaune moutarde confectionné dans une riche tapisserie, richement orné de glycines et de chrysanthèmes, et porté avec élégance à un pantalon blanc.
La réalité commerciale de la basket de skate
Il faut pourtant apprécier la belle ironie de la construction intellectuelle de la haute couture, mise en parallèle avec sa finalité purement commerciale. À côté de la confection méticuleusement déstructurée, on perçoit un désir indéniable de couleurs intenses, parfaitement incarné par un manteau de satin de soie jaune fluo immaculé, porté sur un pantalon blanc. Il offre la technicité d'un vêtement d'extérieur, mais avec une finition luxueuse et décontractée.
On observe également une tendance vers des tenues décontractées et sophistiquées, comme un ensemble workwear blanc impeccable composé d'une surchemise boutonnée décontractée et d'un pantalon ample, accessoirisé d'une veste nouée nonchalamment à la taille et complété par des baskets blanches de skate. Puis vient l'inévitable apparition des marques : un manteau noir austère ouvert sur un survêtement rouge vif, avec un pantalon brodé « GIVENCHY PARIS » et un sac logotypé surdimensionné.
C'est l'inévitable réalité du marché du luxe moderne : on peut philosopher toute l'après-midi sur la coupe radicale d'une épaule ou sur les moulages spatiaux de Rachel Whiteread, mais au final, il faut bien vendre un survêtement et des baskets au grand public.
Décapage de la peinture
Alors que Burton présentait sa page blanche, des ouvriers s'activaient bruyamment devant le siège historique de Givenchy, avenue George V, décapant des décennies de peinture recouvrant les lourdes portes doubles, révélant ainsi le grain brut du bois. Une heureuse coïncidence, peut-être. Mais reste à savoir si Burton cherche véritablement à mettre en valeur le grain naturel des vêtements pour hommes Givenchy, ou si elle se contente de préparer le bois pour une nouvelle couche de peinture, plus facile à vendre.
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