Jean Paul Gaultier Haute Couture Automne 2026-2027

Jean Paul Gaultier Haute Couture Automne-Hiver 2026-2027 par Duran Lantink. Article d'Eleonora de Gray, rédactrice en chef de RUNWAY MAGAZINE. Crédit photo : Jean-Paul Gaultier.

Un exercice de couture pour étudiants de premier cycle

Il y a une différence fondamentale entre explorer des archives et les parcourir comme un étudiant désorienté qui aurait accidentellement pénétré dans l'atelier du maître pendant les vacances d'été. La collection Haute Couture Automne/Hiver 2026-2027 de Jean Paul Gaultier, sous la direction artistique du nouveau directeur artistique Duran Lantink, relève malheureusement fortement de cette dernière catégorie. Pour une maison de couture bâtie sur des archétypes à la fois précis, rebelles et profondément sophistiqués – notamment le soutien-gorge conique révolutionnaire et le buste sculpté légendaire qui ont défini l'essence même de la marque et son empire olfactif depuis des décennies – cette collection s'est avérée étonnamment superficielle.

La collection porte indéniablement l'empreinte d'un projet de fin d'études. Elle témoigne d'une expérimentation sincère et parfois complaisante, où un jeune créateur privilégie l'expression personnelle à toute compréhension cohérente de l'héritage de la maison. Plutôt que d'explorer les codes de Gaultier, runway Le défilé a accueilli une série d'exercices esthétiques décousus, dans le style de Demna. Ces pièces ne possèdent ni la facilité de portabilité ni la pertinence structurelle requises pour assurer la pérennité d'une marque historique, et encore moins pour un défilé de Haute Couture.

Déconstruire le non-révolutionnaire

Selon Lantink, le concept fondamental de la collection était une exploration de Marie-Antoinette. Cependant, au lieu d'une subversion historique ou d'une théâtralité royale, les références se sont matérialisées sous forme de caricature. Prenons par exemple un corset bleu pâle sans bretelles qui se prolonge en une structure rigide à paniers ouverts, dévoilant entièrement les jambes avant de s'amonceler de part et d'autre en d'imposants amas de tulle bordeaux. C'est une structure qui semble totalement déconnectée du corps – ni révolutionnaire ni particulièrement extraordinaire, mais plutôt une interprétation littérale et maladroite de sous-vêtements historiques, dépouillée de toute touche de séduction propre à Gaultier.

Une lutte similaire avec le volume et l'identité se manifeste dans un vêtement structuré noir austère, à col montant. La pièce, évasée au niveau des hanches comme une arche rembourrée surdimensionnée, se termine par deux imposantes explosions de tulle noir qui traînent derrière le mannequin telles des pompons décalés. C'est un exercice de style sur les proportions qui ne produit aucune élégance, offrant une silhouette plus maladroite qu'avant-gardiste.

Même les tissus les plus traditionnels ont perdu de leur superbe. Une robe en velours prune profond, ornée de broderies baroques violettes complexes, tente d'imiter la grandeur royale classique avec ses hanches exagérées. Pourtant, ses proportions paraissent rigides, presque caricaturales, dépourvues de la précision de coupe qui en ferait un triomphe de la haute couture moderne. Dans un autre look, un mannequin apparaît vêtu d'une veste à capuche noire volumineuse et matelassée, dont la transition abrupte du buste vers une imposante tournure en tulle noir, inclinée vers l'avant, crée une silhouette qui évoque moins la haute couture qu'un problème de posture involontaire.

Perdu dans la traduction et les textures

Lorsque la collection tente d'explorer les aspects plus doux de ses archives, elle se révèle tout aussi déconcertante. Une robe fourreau rose pâle sans manches, entièrement recouverte de plumes, présente un étrange tube de tissu rembourré qui s'enroule autour du torse du mannequin, tel un flotteur de piscine surdimensionné et moelleux. Sa modernité réside uniquement dans son excentricité ; elle ne propose ni récit ni raison d'être.

Les interprétations littérales se poursuivent avec une robe de velours bordeaux profond à plusieurs niveaux, qui imite un récipient arrondi surdimensionné. Sur le corsage est posée une vitrine dorée abritant un bouquet de lavande séchée. C'est un littéralisme qui frôle le… kitsch, dépourvue de l'esprit mordant ou de la subversion intellectuelle que Jean Paul lui-même aurait apportés à une pièce de théâtre.

Même les silhouettes les plus intimes, inspirées de la lingerie – le terrain de jeu absolu de Gaultier depuis toujours – manquaient cruellement de relief. Un corset blanc immaculé, avec ses jarretières intégrées, repose abruptement sur un jupon blanc plissé, rigide et arrondi, totalement séparé. Le mannequin semble prisonnière d'un meuble plutôt que sublimée par une lingerie structurée. Ailleurs, une robe en satin blanc aux délicates dentelles est fortement déformée par une protubérance asymétrique et saillante au niveau de la hanche, fendue jusqu'à la cuisse, créant un effet maladroitement provocateur plutôt que sensuel.

Le fantôme des archétypes du passé

Le comble de l'ironie, c'est que le fondateur de la maison est bel et bien vivant et accessible. Si un créateur se retrouve perdu dans le labyrinthe des archives Gaultier, l'architecte même de ces codes est là pour le guider. Au lieu de cela, nous nous retrouvons avec une collection qui échoue sur plusieurs points essentiels :

  • Est-ce élégant ? Absolument pas.
  • Est-ce portable ? Il est difficile d'imaginer une femme choisir ces volumes difformes pour une soirée de gala ou une apparition sur tapis rouge.
  • Est-ce contemporain ? Cela ressemble davantage à un écho dérivé des mouvements anti-mode passés qu'à une déclaration tournée vers l'avenir.

La haute couture a vocation à repousser les limites, mais ces limites doivent reposer sur un savoir-faire exceptionnel et un profond respect de l'identité. Lorsqu'une collection réduit les archétypes sacrés d'une maison légendaire à une série d'exercices de style ludiques mais dénués de sens, elle cesse d'être de la couture et devient, tout simplement, un terrain de jeu onéreux.

Voir tous les looks de la collection Haute Couture Automne 2026-2027 de Jean Paul Gaultier

De Paris, France