Collection Ralph Lauren Automne-Hiver 2026-2027 : « Le culte du code américain ». Article d’Eleonora de Gray, rédactrice en chef de RUNWAY MAGAZINE. Avec l'aimable autorisation de Ralph Lauren.
Ralph Lauren est arrivé hier à Paris avec une proposition à la fois familière et discrètement subversive : un retour au vestiaire américain mythique, non par nostalgie mais comme une étude rigoureuse des codes – urbains, western et tout ce qui se trouve entre les deux. La collection se situe au croisement du raffinement new-yorkais et du romantisme du Sud-Ouest, une tension que la maison exprime comme « apprendre les règles pour mieux les transgresser », même si ici la rébellion est mesurée, presque érudite.
Cet automne-hiver, Polo se révèle dans toute sa splendeur architecturale : lignes allongées, camaïeu de tons, silhouettes épurées qui laissent transparaître une personnalité affirmée. La palette reste ancrée dans la sobriété américaine – camel, marine, noir, chocolat, blanc hivernal – ponctuée de touches soudaines de rouge, de jaune et de vert. La texture devient le maître du contraste : velours côtelé contre cuir, daim sur chemise impeccable, peau lainée sur soie.
L'élégance à l'épreuve des éperons : une étude des codes hybrides
La collection s'ouvre sur un long manteau camel croisé, à la coupe d'inspiration militaire, mais revisité par un chapeau de cow-boy, des gants jaunes et une large ceinture à conchos portée sur les hanches. Du pur Ralph Lauren : une coupe classique ponctuée par le romantisme de l'Ouest. Des chaussures en cuir rouge accentuent l'excentricité de la silhouette, comme si la personne qui le porte avait quitté un immeuble new-yorkais pour se retrouver propulsée à Santa Fe.
Un pull en maille torsadée bleu marine porté sur un pantalon indigo foncé poursuit ce jeu de contrastes : une élégance académique soignée en haut, des détails métalliques western qui soulignent la taille et un cabas vert vif qui apporte une touche de couleur ponctuelle à la collection. Le résultat est sobre, maîtrisé et subtilement ironique – la rigueur de la côte Est accessoirisée d'une audace champêtre.
Ailleurs, un polo bleu marine orné d'un emblème de cheval blanc éclatant se porte sur un pantalon, la taille ceinturée de franges en daim couleur caramel brodées de motifs verts. La tenue frôle le déguisement, mais le stylisme de Lauren la sauve : lunettes minimalistes, chapeau structuré et gants noirs lui insufflent une touche de modernité.


Les vêtements d'extérieur comme point d'ancrage – et comme thèse
Comme l'indique le communiqué de presse, les vêtements d'extérieur sont « la base de la saison », et Lauren le souligne avec une gamme impressionnante.
Un manteau marron à carreaux, fermé par des cordons, se porte sur un ensemble trois-pièces marron, accessoirisé d'un sac en cuir sculptural. Le résultat évoque les années 1970 sans tomber dans la caricature : la chaleur de cette décennie sans ses excès.
Un moment fort survient avec un long manteau en maille ivoire et bleu, dont le motif évoque une couverture du Sud-Ouest américain, porté sur un gilet à fines rayures et un pantalon étroit. Cette juxtaposition – l’austérité du monde de l’entreprise enveloppée de géométrie tribale – semble métaphore de toute la collection : un héritage réinterprété pour une mobilité contemporaine.
Plus tard, un ensemble tailleur entièrement blanc, porté sous un pardessus bleu marine aux épaules arrondies exagérées, offre l'élégance impeccable du vestiaire masculin vintage, réinventée pour une femme qui choisit sa garde-robe avec soin. Une ceinture à pois, nouée à la taille, introduit le thème « discipline contre liberté » du communiqué de presse : les règles sont assouplies, mais non transgressées.
La superposition comme méthode, non comme ornement.
La superposition des dimensions est au cœur du récit cette saison, créant souvent des hiérarchies visuelles inattendues.
Une chemise de smoking associée à un pantalon noir est ceinturée d'une écharpe à pois et coiffée d'un blazer négligemment noué à la taille. Ce style s'apparente à une déconstruction du vêtement de soirée : l'élégance demeure, mais sa formalité est volontairement assouplie, déconstruite avec une précision intellectuelle.
Un autre look oppose une veste en cuir robuste à la fragilité délicate d'un pantalon blanc brodé et de poignets de chemise flottants. Le chapeau de cowboy noir fait son retour, cette fois-ci associé à de fines sandales à talons hauts – une contradiction amusante, où l'Ouest américain côtoie la féminité parisienne.
Accessoires : La personnalité comme architecture
Les accessoires ne sont plus de la ponctuation ; ils structurent les tenues.
Les larges ceintures western tranchent les superpositions de vêtements.
Les gants apparaissent avec des ruptures de couleurs délibérées : jaune, vert, noir.
Les bottes et les chaussures oscillent entre le pragmatisme des pionniers et l'élégance citadine.
La maison présente le nouveau Polo Blaze Une famille de sacs — à poignée supérieure, petit sac bandoulière et grand sac bandoulière — caractérisée par ses lignes sculpturales et ses éléments métalliques d'inspiration équestre.
Associée aux silhouettes sobres de la saison, la Blaze devient un point d'exclamation fonctionnel plutôt qu'un ornement.
Le geste de l'artiste en résidence
L'un des détails les plus ingénieux est la veste à franges en daim et peau de mouton, créée en collaboration avec les créatrices d'Oceti Sakowin, Jocy et Trae Little Sky.
Son travail de perles réalisé à la main lui confère une authenticité qui résiste aux appropriations superficielles du « chic occidental » que l'on observe ailleurs dans le secteur. Ici, l'artisanat s'inscrit dans un cadre culturel clair : digne, intégré et non érigé en spectacle.
Le palimpseste américain de Ralph Lauren
La collection Automne-Hiver 2026-2027 présente Ralph Lauren non pas comme l'archiviste d'une Amérique révolue, mais comme son interprète, traduisant le mythe en garde-robe, les codes en vêtements, la nostalgie en fonction.
Cette collection est une réussite car elle évite toute nostalgie théâtrale. Elle propose plutôt une vision du style américain authentique, intelligente et réfléchie. La femme Polo, ici, est libre, sûre d'elle et affranchie des tendances. Elle s'habille avec instinct, mais un instinct aiguisé : elle connaît les codes et les maîtrise avec précision.
Si l'Ouest américain a souvent été mythifié comme un paysage de liberté, Ralph Lauren le redéfinit comme un paysage structuré : des silhouettes affûtées, des textures raffinées et une garde-robe qui conçoit l'indépendance non comme une rébellion, mais comme une maîtrise.
Voir tous les looks Ralph Lauren Automne 2026










































