Dior Haute Couture Printemps-Été 2026

Défilé Haute Couture Printemps-Été 2026 de Dior : « Petit-déjeuner chez Dior ou cyclamens et sandwichs au fromage ». Critique d’Eleonora de Gray, rédactrice en chef de RUNWAY MAGAZINE. Photo reproduite avec l'aimable autorisation de Dior / GettyImages.

Chez Dior cette saison, on nous a promis la nature. On nous a promis la poésie. On nous a promis le cyclamen. Ce que nous avons eu à la place, c'est un nuage de confusion en forme de champignon, typique de la haute couture.— Quelque part entre un cours de botanique et une thèse d'art moderne qui a terriblement déraillé.

Les débuts de Jonathan Anderson chez Dior Haute Couture furent annoncés avec le poids de l'héritage et la promesse d'une réinterprétation. Le communiqué de presse de Dior, à mi-chemin entre dissertation philosophique et sermon botanique, qualifiait la couture de « laboratoire d'idées ». Eh bien… disons simplement que les éprouvettes ont explosé.

04 Dior Printemps-Été 2026 Haute Couture Runway Magazine
06 Dior Printemps-Été 2026 Haute Couture Inspiration Jonathan Anderson

Cette collection semblait puiser son inspiration dans les archives de Galliano – peut-être trop tard dans la nuit, dans une pénombre inquiétante, et avec une profusion de questions existentielles. Au lieu de réinventer la grandeur de Galliano ou de s'inspirer du génie architectural de Gianfranco Ferré (Dieu nous préserve de l'élégance !), Anderson nous a proposé… des pulls. Des pulls épais, contemporains, oversize. Pour la haute couture.

Dior Printemps Été 1992 Haute Couture par Gianfranco Ferré, photo Walter Chin
Dior Printemps Été 1992 Haute Couture par Gianfranco Ferré, photo Walter Chin

Et pas seulement des pulls. Commençons la descente.

Il y a quelque chose de tragiquement poétique à voir une maison aussi historiquement précise que Dior sombrer dans un véritable fouillis conceptuel.

Car juste après, tout sens des proportions — et du bon goût — s'évapora dans ce qui ressemblait à un sandwich au fromage de luxe. Un amas de tulle brun et blanc, gonflé en un bustier difforme, était associé à ce qui semblait être une queue de fourrure blanche, jetée là pour faire rire. Le tout était accessoirisé d'une pochette métallique et d'un visage qui disait : « Moi non plus, je ne sais pas ce que je porte. »

On pourrait presque entendre Galliano pleurer au premier rang, en voyant son héritage transformé en art culinaire interprétatif.

Heather Buckley, mère de Jonathan Anderson, John Galliano et Sidney Toledano
Heather Buckley, mère de Jonathan Anderson, John Galliano et Sidney Toledano

Puis arrivèrent les pompons. Des chrysanthèmes roses de la taille de choux étaient épinglés aux oreilles des mannequins, comme dans une version déjantée du « Printemps » digne d'une pièce de théâtre scolaire. L'un des mannequins défila vêtu d'un chemisier en satin bleu pastel, bouffant aux épaules, associé à une jupe fleurie rose bonbon et verte si caricaturale qu'elle semblait tout droit sortie d'un gâteau d'anniversaire d'enfant.

Ces chaussures, recouvertes de pétales assortis, ne faisaient qu'alimenter les soupçons grandissants selon lesquels Anderson créait des modèles pour des nains de jardin haute couture.

Et alors qu'on pensait avoir atteint le summum de la parodie, voilà que débarquent les tricots. Oui, des tricots haute couture. Anderson a parlé d'un « élargissement du vocabulaire de la haute couture ». Soyons clairs : un gros pull beige, négligemment ceinturé à la taille et coiffé de pompons tristes, n'a rien d'une innovation linguistique. C'est juste un pull.

D'autres suivirent. Voici la lampe IKEA… Un look apparaissait dissimulé sous une immense cape noire en bouclé, comme si quelqu'un avait jeté une couverture de déménagement sur le mannequin et l'avait qualifié d'« inspiré par Rodin ».

Si, comme le suggère le communiqué de presse, il s'agissait d'un hommage à la céramiste Magdalene Odundo, alors Odundo devrait porter plainte. Son œuvre est caractérisée par des courbes et une cohérence ; celle-ci n'était qu'un brouillard feutré.

Mais le moment qui a véritablement bouleversé le sens de la couture chez Dior fut un débardeur noir transparent porté sur une jupe en satin ivoire froncée, d'où jaillissait, à l'entrejambe, une explosion végétale verte telle du persil radioactif.

On nous a dit que Galliano avait personnellement remis à Anderson des bouquets de cyclamens comme « témoignage poétique de continuité créative ». Apparemment, voici comment ce témoin a été utilisé : enfoncé dans un corsage comme une garniture de salade vaincue. Une tragédie de chlorophylle.

Au lieu d'inaugurer une nouvelle ère chez Dior, Anderson a livré des débuts en haute couture qui ont confondu échelle et silhouette, concepts superficiels et design, et le génie flamboyant de Galliano avec un cosplay boursouflé.

Si la haute couture se veut un art à porter, alors cette collection était une véritable source d'angoisse. L'ADN de Dior – son élégance, sa sobriété, sa féminité architecturale – était aux abonnés absents. À la place, on se retrouvait avec des fleurs collées sur un fond chaotique, des pulls aux prétentions grandioses et l'impression diffuse que l'ensemble du projet nécessitait une seconde version.

C'était moins de la haute couture, plus un étudiant en écriture créative sous l'influence de champignons hallucinogènes.

Et enfin, pour ceux qui sont encore debout : un pull de pêcheur couleur crème drapé comme un hamac sur les épaules, porté par-dessus ce qui semblait être un pantalon en velours et soie froncé, volé à une troupe de théâtre locale.

Si Gianfranco Ferré contemple l'héritage de Dior, c'est probablement qu'il cherche un nouveau nuage.

Ce qui rend la chose encore plus déconcertante, c'est la tentative du communiqué de presse d'intellectualiser le tout. Des expressions comme « forme de savoir en voie de disparition » et « habileté manuelle » y abondent. On nous dit que les sacs à main sont « sculpturaux », les chaussures « témoins de lieux situés loin de l'orbite terrestre », et l'exposition au musée Rodin est « un dialogue ». Mais que signifie exactement ce qui est dit ?

Car voici la vérité, aussi dérangeante soit-elle : rien de tout cela n’était élégant. Rien n’était portable. Rien ne donnait à la femme une allure puissante, gracieuse, ni même particulièrement soignée. Ce n’était pas une célébration de la haute couture, mais une hallucination académique. Une thèse sans conclusion.

Dans sa tentative de faire s'entrechoquer artifice et nature, Jonathan Anderson n'a fait que confirmer une chose : la haute couture, détachée de toute élégance, devient parodie. Dior reposait sur la courbe d'une taille, l'ampleur d'une jupe, la rigueur de la sobriété. Ce défilé a rejeté tout cela au profit… d'une entropie créative.

Chère Dior : la prochaine fois, moins de fantaisie à la Galliano, plus de rigueur à la Ferré. Et par pitié, plus de sandwichs au fromage !

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