Richard Quinn Printemps-Été 2027 « Le catalogue London Great Value Couture ». Article d'Eleonora de Gray, rédactrice en chef de RUNWAY MAGAZINE. Avec l'aimable autorisation de Richard Quinn.
Chez Richard Quinn, ce sont des robes de soirée toute la journée, toute l'année, pour toujours. Pénétrer dans son écrin aux miroirs et aux lustres suspendus runway À Londres, on ne vit pas d'illumination artistique ; on découvre un showroom. Nous avons assisté à un défilé d'options plutôt qu'à des surprises. En termes de comparaison, il se positionne comme un mélange de Chanel et Dior à Londres – ou plutôt, comme le fruit d'un rêve fiévreux où les archives parisiennes ont été passées au mixeur et filtrées par un atelier d'impression à grande échelle. Ses signatures restent fidèles à la formule : des réinterprétations de silhouettes de haute couture vintage, ornées de riches broderies indiennes, parées de plumes d'autruche et constamment affinées pour être commerciales et portables au fil des saisons.
C'est un glamour exacerbé, figé dans une boucle sans fin des années 1980. Quarante-deux robes de créateurs ont défilé, mais le créateur lui-même a eu l'honnêteté de reconnaître l'évidence : le défilé sert avant tout de publicité pour sa boutique en ligne. Il vend, vend et vend encore. Soit. La mode est un business, et personne ne reproche à un entrepreneur de vouloir faire des bénéfices. Ce qui reste discutable, en revanche, c'est de faire passer des opérations de vente au détail dérivées pour de la Haute Couture, tout en bafouant les proportions sacrées des maisons parisiennes dont il s'inspire si ouvertement.
Le camélia Chanel, cloné et confondu
Pour comprendre ce qui manque à ce pastiche londonien, il faut comprendre ce qui fait le succès de Paris. Chez Chanel, la proportion est une religion. Le camélia est une ponctuation iconique et poétique : délicat, positionné avec précision pour équilibrer l’architecture d’un décolleté ou l’élégance d’un revers. Karl Lagerfeld a passé des décennies à s’assurer que chaque fleur épinglée dicte l’harmonie de la silhouette. Matthieu Blazy tente de suivre son exemple.
Quinn, en revanche, aborde le camélia comme un ornement de capot pour une robe « JUST MARRIED ». Collées directement sur des décolletés vertigineux et placées au centre de revers plongeants, ces rosettes surdimensionnées en soie blanche n’évoquent pas Coco Chanel ; elles évoquent une tentative frénétique de faire en sorte que quiconque faisant défiler son fil Instagram confonde instantanément la robe avec une création du 31 rue Cambon.
Observez attentivement la réalisation. Sur une robe fourreau noire, un corsage orné de perles, évoquant un corset, tente de recréer la grille graphique et les baleines structurelles de la demi-couture parisienne. Pourtant, le péplum festonné, placé à un point médian disgracieux qui raccourcit la silhouette, lutte contre le drapé de velours en dessous au lieu de créer une ligne harmonieuse et allongeante. Sur une autre robe fourreau brodée de motifs géométriques, les revers plongeants sont étouffés par un camélia de la taille d'une assiette, sanglé juste au-dessus du sternum et maintenu par des gants d'opéra en velours noir remontant jusqu'aux coudes. Chez Chanel, un tissage géométrique ajouré respire et bouge avec une aisance calculée ; ici, la grille est rigide et lourde, donnant l'impression que le mannequin est prisonnier d'une clôture en fil de fer brodé. C'est du Chanel passé à la photocopieuse : on reconnaît les lettres, mais la machine est complètement hors service.



Le fantôme de Dior à la liste de mariage
Quand Quinn se lasse de piller la rue Cambon, il traverse la Seine et se retrouve avenue Montaigne. Le classique Christian Dior Ligne Corolle Les somptueuses robes de bal de Marc Bohan ou de John Galliano reposaient sur une géométrie impeccable. Un corsage basque ou corseté Dior est réussi car les baleines soutiennent la silhouette des hanches sans alourdir le buste. Le dialogue entre un volant en taffetas ivoire et un corsage en velours noir exige un équilibre parfait : un millimètre de trop et toute la grâce disparaît.
Ce que Quinn nous propose est un remix maladroit qui manque de finesse. Dans sa somptueuse robe de bal noire et blanche, un long corsage en velours noir à taille basse plaque une jupe blanche bouffante. Mais au lieu du volume aérien et majestueux des classiques Dior, le nuage de tissu froncé pèse lourd sur les hanches, alourdi par des broches en cristal identiques, collées à la fois sur la poitrine et la taille comme des aimants bon marché. Les proportions tirent la silhouette vers le bas au lieu de l'élever vers la grandeur.
Puis vient le cliché emblématique de Quinn : la robe de garden-party anglaise. Partant d’une robe de bal à volants en forme de cloche – autre silhouette iconique du répertoire Dior du milieu du siècle –, il la recouvre d’imprimés botaniques lilas pourpre délicats, puis y fixe de force un nœud en velours noir et une broche en cristal, le tout recouvert de lourds gants noirs. Le résultat n’est ni audacieux ni rebelle ; il est simplement indécis. Est-ce un hommage à Cecil Beaton, à un bal fleuri Dior, ou à une robe de demoiselle d’honneur commandée en urgence ?
Silhouettes couture pour des envies irrésistibles
La différence entre la véritable Haute Couture et une tenue de soirée élégante tient à la fonction et à la coupe. La Haute Couture est une exploration des formes et une maîtrise d'atelier qui établit la norme pour toute l'industrie de la mode. Des silhouettes Dior mal interprétées et des silhouettes Chanel mal proportionnées, agrémentées de sequins et de gants, ne deviennent pas de la couture simplement parce que… runway Des lustres en cristal sont suspendus au plafond.
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Quinn a mis au point une machine bien huilée. Les vêtements sont suffisamment bien confectionnés pour satisfaire une clientèle privée en quête d'une allure glamour digne des tapis rouges sans avoir à traverser la Manche, et le bouton de commande du site web est toujours prêt à l'emploi. Mais cessons de faire comme si c'était une création révolutionnaire. Il s'agit d'un catalogue bien rodé d'idées recyclées, reconditionnées pour une clientèle séduite par le style parisien mais qui se contente de la version londonienne.
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